Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

l'amphi-gouri

Pour une utilisation sereine et équilibrée des technologies de l'information.

2007-01-16

Vote électronique = oxymore

Cela fait quelques temps que je souhaitais publier un billet sur les "machines à voter".

En cette période d'effervescence précédant un scrutin national, les élections présidentielles de 2007, c'est l'occasion de dire quelques mots sur le domaine concerné. Dans ce billet je parle de machines à voter.

Utilisateur professionnel et amateur approfondi des outils informatiques, je considère que l'utilisation de "machines à voter" est très dangereuse.

Le scrutin démocratique suppose la transparence à plusieurs niveaux.

  • vote sans pression extérieure via le secret du vote (quand Monsieur X vote, personne d'autre que lui ne doit savoir pour qui il a voté)
  • la transparence. On doit pouvoir vérifier que l'ensemble des votes comptés correspond bien à l'ensemble des personnes ayant voté.

Le système en vigueur en France est imparfait mais cela ne se passe pas si mal grâce :

  • aux isoloirs (à condition de prendre un bulletin de chaque candidat et jeter ceux qu'on n'a pas mis dans l'enveloppe)
  • à l'urne transparente initialement vide recevant les bulletins sous enveloppe suivie d'une ouverture devant plusieurs témoins indépendants et du décompte manuel

Contrairement à une urne transparente, une machine à voter non doublée d'un système d'urne traditionnel est suspecte :

  • comment prouver que la machine ne trahit pas le secret du vote, passivement voire activement ?
  • comment prouver que les décomptes que produit la machine correspondent aux suffrages réellement exprimés ?

Les rouages internes de la machine sont invisibles, leur "certification" est très délicate, si l'on laisse un petit groupe (une entreprise, surtout étrangère) faire la certification il y a risque de corruption, les erreurs sont possibles à de nombreux niveaux, les possibilités de fraude aussi. Établir la vérité demande des compétences bien plus avancées que le système des urnes transparentes.

En somme, une machine à voter non doublée d'un système d'urne traditionnel me parait très suspect, comme toute personne prosélyte d'un tel système.

Toutes ces questions sont plutôt bien développées sur le site Ordinateurs-de-vote.org.

Je trouve la solution proposée par ce site intéressante :

  • pas de vote depuis n'importe où (e.g. par Internet) faute d'isoloir
  • chaque électeur doit pouvoir constater qu'en parallèle de la prise en compte électronique de son vote, un papier est édité affichant son choix (papier visible mais non manipulable). Une fois le vote effectué ce papier doit tomber dans une urne. Ainsi, on est déchargé de devoir faire confiance à une machine opaque manipulée par un petit nombre car le décompte papier fait foi.
  • on fait un décompte papier sur un sous-ensemble aléatoire des lieux de vote voire sur tous (dans ce dernier cas, le seul "avantage" du vote électronique est le résultat immédiat).

Suivant l'enjeu en question et la relation entre les votants et ceux qui manipulent la machine, un système purement électronique de vote (y compris à distance sans isoloir) peut dans certains cas être une bonne affaire. Mais dès que l'enjeu dépasse une certaine ampleur les vertus sont dépassées par les risques. Je considère que les enjeux lors d'un suffrage national, en particulier l'élection présidentielle, sont bien trop importants.

Au fait, qu'est-on censé gagner en remplaçant le vote traditionnel par le vote électronique ? Et que risque-t-on d'y perdre ? Réfléchissez-y.

(Un oxymore est la combinaison de deux mots de sens contradictoire ou inattendu.)

Vos commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Le formulaire de commentaires est désactivé pour cause de spam. Si vous voulez ajouter un commentaire écrivez-moi à gouri chez amphi-gouri.org.